Patricia va aux Maldives

Au cours de sa vie, Patricia a eu l'occasion de pouvoir voyager et de connaître divers lieux et variés. Du désert de la Tatacoa, aux grandes plaines de Cergy-Pontoise, elle a eu le privilège de fouler des territoires qu'elle a su retranscrire dans ses créations passionnées.

Aussi quand l'Opéra de Paris s'envola aux Maldives pour une représentation exceptionnelle pour son Président d'alors, Patricia fut de la partie. Au départ Patrick Dupond ne voulait pas embarquer la jeune danseuse prétextant qu'il y avait déjà suffisamment d'un patricien dans la troupe. Et il ne souhaitait pas qu'on les confonde. Il faudra toute la pugnacité de Georges-François Hirsch, administrateur de l'époque, pour que la petite rate prenne part au déplacement exceptionnel du ballet.

Bien qu'ils furent logés dans un palais féérique, les entrainements n'en demeuraient pas moins extrêmement rigoureux et Patrick Dupond n'en ratait pas une pour en demander toujours plus à Patricia qui s'amusait à faire des pointes sur un fil de pêche pour affiner sa technique et ainsi obtenir un équilibre irréprochable.
Le soir de la représentation face au Président Gayoum tout était fin prêt et répété précisément.
Et malgré un comportement et un investissement irrépréhensibles, Patricia fut placée en fond de scène, à côté des accessoires, et peu de son art ne devait être aperçu par les dirigeants des Maldives. Pourtant, professionnelle jusqu'au bout des orteils, elle livra, ce qu'elle estimait, la plus grande prestation de sa jeune carrière. Même si elle n'avait alors que quinze ans et bien qu'il lui semblait être invisible aux yeux de tous, le Président Gayoum, n'eut d'yeux que pour les siens. D'ailleurs lassé de n'entrapercevoir que trop brièvement, sa jeune pousse préférée, il ordonna dans un moment de fureur que tous les autres danseurs dégagent de la scène et laissent Patricia prendre possession du plancher. Pour cela, il joignit le geste à la parole. Il se leva brusquement de son trône et se saisit d'une longue torche afin que les autres danseurs et danseuses fuient devant ses gestes menaçants. Une fois que cela fut fait, il invita Patricia à prendre place au milieu de la scène et donc d'interpréter tous les rôles tour à tour. Elle s'exécuta bien entendu, de peur d'être décapitée et que sa tête serve de pot de chambre.
De fait le spectacle dura bien plus que prévu et il se termina à quatre heures du matin, quand tous les gens de la délégation étaient affalés sur leurs chaises, la bouche ouverte et les yeux clos. Seul le président avait gardé ses mirettes écarquillées, émerveillé par tant de grâce. Il invita Patricia délicatement à descendre de scène puis dans son Palais afin de terminer la nuit et parler politique comme il disait. Loin de se douter de quoi que ce soit, Patricia se laissa conduire à la résidence du Président Gayoum. Une demeure d'un luxe hallucinant, où les murs étaient sertis de pierres précieuses et où l'on se lavait les dents avec du champagne Dom Perignon. Le Président la mit tout de suite à l'aise en lui demandant si elle voulait se plonger dans le jacuzzi afin de parler de son avenir dans un endroit sympathique et chaleureux. Mais qu'elle ne s'y trompe pas, elle pouvait se baigner dans une sortie de bain en peau d'iguane qu'il lui tendit.
C'est pile à cet instant que, contre toute attente, Patrick Dupond, qui s'était caché dans le coffre de la berline présidentielle, apparut et porta un grand coup de bibelot à la tête du Président Gayoum. Le Président, surpris, choqué, mais nullement inconscient demanda pourquoi ?
- Pourquoi monsieur Dupond ?
Patrick Dupond, très flegmatique, répondit:
- Parce que.
Puis il embrassa le Président à pleine bouche. Un baiser que le vieux dirigeant ne tarda pas à lui rendre. Ils roulèrent tous deux sur le canapé et disparurent sous les parures. Soulagée d'être extraite des griffes du prédateur, et ravie que celui-ci ait trouvé chaussure à son pied, Patricia rebroussa chemin au petit matin.
Le lendemain, Patricia annonçait son retrait de l'Opéra de Paris pour commencer à réfléchir à la chaussure comme reflet de son surmoi et comme accessoire nécessaire à la survie de l'être humain. Elle publiera d'ailleurs un essai à ce titre épuisé chez Amazon depuis de nombreuses années.
Un brin nostalgique de cette merveilleuse épopée, elle inventera quelques années plus tard un modèle à la gloire de ce sublime pays constitué de 1199 îles.

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